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Intellectuels et expérimentateurs
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Serge Z.
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MessagePosté le: Lun 27 Juil 2015 - 11:52    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

J'avoue avoir un peu de mal à suivre un raisonnement "à tout pris", comme s'il était absolument nécessaire que l'esprit discursif, duel, résolve le problème de "la réalité". Il est clair, pour ma part, que l'esprit (sems) ne peut englober/appréhender la réalité ultime ...
L'approche purement universitaire/philosophique s'attachant "absolument" aux textes me déroute ... il me semble que ce soit sans solution. Malgré que les maîtres, Longchenpa en tête, aient répétés, redit sans cesse, la simplicité de l'éveil, ineffabilité de celui-ci, la façon qu'ont certains érudits de se perdre dans des raisonnements, etc.
Il semblerait même que certains "grands érudits" ne conçoivent l'approche dzogchen qu'à travers de nombreux efforts, nombreuses retraites, nombreuses pratiques. Qu'ils ne puissent imaginer l'éveil qu'à travers la réalisation d'un "corps d'arc-en-ciel" nécessitant de nombreuses pratiques, dénigrant les approches ignorantes "par trop simples".
Bien entendu l'éveil ne se trouve pas dans un simple détournement égo-centré de l'esprit duel.
A dire vrai, j'y vois parfois une sorte de "dictature" d'érudits tibetologues qui, trouvant leur fondement dans la prépondérance donnée à l'accumulation du savoir dans nos sociétés occidentales, réfutent, sans ménagement, toute forme d'aboutissement qui ne serait pas passé par de nombreuses accumulations.
Pour ma part, la vue dzogchen est surtout, en premier, le résultat d'accumulations passées, c'est une rencontre, un aboutissement. Et l'accumulation de savoirs théoriques n'y peut rien changer.
Dans la pratique de dzogchen, la lignée est prépondérante. Et bien qu'en second lieu celui-ci ait été divisé, classifié, ..., il est fondamental de s'en référer au "premier de cordée", Garab Dorjé, et son testament : 1) Introduction directe, ainsi point de lien causal, juste une condition. 2) éliminer le doute, réaliser. 3) persévérer, stabiliser. Tout le reste n'étant que des "vues dérivées".

Comme il reste dans l’état de la nature, il est immuable et spontanément accompli.
Comme il reste dans la nature, rien ne peut le modifier.
Rester dans cet ainsité immuable
Est la suprême action dépourvue d’action.

- Changchub Kyi Sem Kunched Gyalpo –

Dans le Choying Dzod (Ch’os-dBying mDzod), etc., on fait l’éloge de [la vue de] la philosophie madhyamaka prāsangika. Ainsi [le dzogpa chenpo] suit prasangika en ce qui concerne [la définition des] limites de l’objet de négation (dGag-Bya’i mTshams-‘Dzin). Néanmoins, [le prāsangika], après avoir fait séparément la distinction entre apparitions et vacuité, appréhende la vacuité de la négation non affirmative (Med-dGag), l’appelant la distinction entre apparitions et vacuité, ou exclusion de la vacuité. C’est une méthode qui maintient [la méditation et la vue] par des concepts. Il affirme aussi que si l’on distingue d’abord [la vue] par des concepts et qu’on acquiert de l’expérience à l’aide de la méditation, cela deviendra tel qu’on le dit : « réalisation de la félicité, clarté et esprit sans concept ». Dans tous les cas, la tradition du dzogpa chenpo utilise la conscience intrinsèque en tant que voie, ou maintient seulement la conscience intrinsèque. Elle n’utilise pas des concepts parce que les concepts sont l’esprit, et elle médite [sur la conscience intrinsèque après] avoir fait, séparément, la distinction entre esprit et conscience intrinsèque.
- Jigmed Tenpa’i Nyima - rDzogs-Ch’en -

Telles sont les limites de ma compréhension ...
________________________________________
La nature de la variété des phénomènes est non-duelle
Et pourtant chaque phénomène excède les limites de la pensée.
La condition authentique "telle quelle" ne devient pas un concept
Et pourtant elle se manifeste totalement par la forme, toujours bonne.
Puisque tout est déjà parfait, guéris de la maladie de l'effort
Et demeure naturellement dans l'autoperfection : c'est cela la contemplation.

- Les six vers de vajra -
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MessagePosté le: Lun 27 Juil 2015 - 11:52    Sujet du message: Publicité

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Yungdrung Gyalpo
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MessagePosté le: Lun 27 Juil 2015 - 16:21    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Sönam a écrit:
J'avoue avoir un peu de mal à suivre un raisonnement "à tout pris", comme s'il était absolument nécessaire que l'esprit discursif, duel, résolve le problème de "la réalité". Il est clair, pour ma part, que l'esprit (sems) ne peut englober/appréhender la réalité ultime ...
L'approche purement universitaire/philosophique s'attachant "absolument" aux textes me déroute ... il me semble que ce soit sans solution. Malgré que les maîtres, Longchenpa en tête, aient répétés, redit sans cesse, la simplicité de l'éveil, ineffabilité de celui-ci, la façon qu'ont certains érudits de se perdre dans des raisonnements, etc.
Il semblerait même que certains "grands érudits" ne conçoivent l'approche dzogchen qu'à travers de nombreux efforts, nombreuses retraites, nombreuses pratiques. Qu'ils ne puissent imaginer l'éveil qu'à travers la réalisation d'un "corps d'arc-en-ciel" nécessitant de nombreuses pratiques, dénigrant les approches ignorantes "par trop simples".
Bien entendu l'éveil ne se trouve pas dans un simple détournement égo-centré de l'esprit duel.
A dire vrai, j'y vois parfois une sorte de "dictature" d'érudits tibetologues qui, trouvant leur fondement dans la prépondérance donnée à l'accumulation du savoir dans nos sociétés occidentales, réfutent, sans ménagement, toute forme d'aboutissement qui ne serait pas passé par de nombreuses accumulations.
Pour ma part, la vue dzogchen est surtout, en premier, le résultat d'accumulations passées, c'est une rencontre, un aboutissement. Et l'accumulation de savoirs théoriques n'y peut rien changer.
Dans la pratique de dzogchen, la lignée est prépondérante. Et bien qu'en second lieu celui-ci ait été divisé, classifié, ..., il est fondamental de s'en référer au "premier de cordée", Garab Dorjé, et son testament : 1) Introduction directe, ainsi point de lien causal, juste une condition. 2) éliminer le doute, réaliser. 3) persévérer, stabiliser. Tout le reste n'étant que des "vues dérivées".


Il n'est pas juste de parler d'approches universitaires. Quand j'ai fait mes travaux universitaires j'étais disciple de plusieurs maîtres, dont Nyoshül Khenpo, qui était sans doute le meilleur connaisseur de l'œuvre de Longchenpa, du moins après la mort de Düdjom Rinpoché. Mon approche, quoique la forme soit universitaire, était purement pieuse : je lisais les textes en pratiquant sans cesse le gourou-yoga de Longchenpa et je soumettais mes doutes à Nyoshül Khenpo quand j'en avais l'occasion et que sa santé le permettait.

Ce que dit la tradition, c'est qu'il est certainement possible de réaliser le Dzogchen sans comprendre sa doctrine de A à Z.

Ce que ne dit pas la tradition, c'est qu'on puisse interpréter les textes sans les avoir étudiés, en parallèle avec la méditation et les instructions d'un maître. Les simples peuvent être réalisés. Il arrive même qu'ils soient pour ainsi dire instruits : le Dzogchen reconnaît l'existence de quelque chose qui s'appelle en tibétain shes rab klong rdol, que je traduirais par : « épanchement de discernement [depuis] la sphère [ultime] », c'est-à-dire qu'un pratiquant qui n'a pas, ou pas beaucoup, étudié se mette à comprendre les textes en détail. On donne souvent Jigmé Lingpa, justement, en exemple de ce phénomène. Cela rappelle la doctrine des "sept dons du Saint Esprit" dans la spiritualité catholique.

Cependant, il ne faut pas confondre, en général, la possibilité d'obtenir les réalisations et la compréhension des détails de la doctrine. Et je trouve qu'il n'est pas bien de dénigrer l'amour des textes en l'appelant "universitaire" par principe. Celui qui rumine les textes pieusement en les lisant comme la parole révélatrice d'un être éveillé auquel il demande sa grâce ne rentre pas dans la catégorie de l'intellectualité sèche et stérile. Il n'y a rien d'occidental non plus dans l'amour des textes. Nyoshül Khenpo n'était ni Occidental ni universitaire et il connaissait presque par cœur le corpus des œuvres de Longchenpa ; davantage : il se réjouissait quand une question inattendue lui faisait découvrir un aspect du sens d'un texte auquel il n'avait pas pensé.

Je pense qu'il y a là de mauvais réflexes Occidentaux, plus ou moins protestants, qui veulent en gros que chacun ait un droit égal à la vérité, d'une part, et que la raison soit "la putain du diable", comme disait Luther, d'autre part.

Dans le bon ordre des choses, les "intellectuels" pieux et les "expérimentateurs" ignorants sont ultra-complémentaires : le premier donne au second une forme pour son expérience, et le second donne au premier un contenu, une matière qui arrache sa réflexion à la virtualité. Et la configuration idéale est celle du mkhas grub, "savant et réalisé", même si elle est très rare.

La question de la vision techniciste du Dzogchen est encore une autre affaire. Personnellement, je n'ai jamais donné là-dedans : j'ai toujours eu une approche combinant surtout dévotion et contemplation sans forme, du temps où je pratiquais encore ces choses-là. Il ne faut pas me jeter à la tête des griefs s'adressant à d'autres personnes, qui ont peut-être une vision dans laquelle il y aurait des sortes de secrets, de trucs, de ruses à connaître, cachées au fond des textes et sans lesquelles on n'arriverait à rien. Je n'ai jamais tellement cru aux "mystérieux man ngag", pour ma part. En effet, pour la pratique, tout est assez simple, au fond — mais ça n'a rien à voir avec la résolution des questions dont nous parlons.

Je trouve que le bouddhisme occidental est gangréné par des petites jalousies, des petites mesquineries. C'est un monde où il n'y a guère de solidarité et bien peu de générosité. Raison pourquoi certains, au bout d'un long temps, se disent qu'on juge l'arbre à ses fruits et que si cela ne donne rien de meilleur, c'est que ça ne marche pas bien…
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MessagePosté le: Lun 27 Juil 2015 - 16:38    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

les approches universitaires au sens propre, ce sont surtout les approches ultra-historicistes qui prétendent comprendre les textes mieux que ceux qui les ont écrits en les relativisant, en les replaçant dans un contexte, etc. Pour ma part, j'ai toujours promu une approche de type plutôt « histoire de la philosophie », c'est-à-dire, qui se contente d'essayer de retrouver ce qu'un auteur a exactement voulu dire. Vous, je ne sais pas, mais moi, ça m'a passionné, d'essayé d'écouter ce que Lonchenpa avait bien pu vouloir nous dire. Je trouve que mépriser ce genre d'approche, c'est dire qu'il ne faut pas être à l'écoute des maîtres.

Soit dit toujours d'un point de vue schizophrène, bien sûr, puisque maintenant j'écoute davantage d'autres maîtres, plus de chez nous, quoique à peu près des mêmes époques. Mais mon attitude reste la même : la lecture pieuse, la rumination des paroles des êtres plus éclairés que moi, et une spéculation joyeuse qui se prolonge en contemplation muette… Je sais que cette approche suscite une sorte de colère aigre chez les bouddhistes occidentaux, alors même qu'elle est pratiquée par leurs maîtres ; comme j'ai fini par me lasser de m'affronter à ces réactions-là, eh bien, je suis allé là où cette attitude est au contraire comprise et encouragée.

C'est pour moi un sujet de grande perplexité, que l'hostilité des nouveaux convertis au bouddhisme tibétain à l'égard de ce que font leurs propres maîtres, notamment dans le domaine de l'utilisation de l'intelligence discursive, dès qu'un Occidental se met à les imiter… Entre l'âge de 15 ans, qui a été celui de ma conversion au bouddhisme, et les approches de la quarantaine, où je m'en suis définitivement éloigné, j'ai sans cesse rencontré ce genre de réactions, que je n'ai jamais compris. « Humiliez-vous, raison imbécile », disais Pascal, qui, que je sache, n'était pas un maître bouddhiste. Les bouddhistes occidentaux sont souvent plus jansénistes, sans le savoir, que bouddhistes ! Enfin sauf qu'ils sont moins austères côté mœurs sexuelles. Des jansénistes abonnés à Libération, un peu.
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MessagePosté le: Lun 27 Juil 2015 - 18:18    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Yungdrung Gyalpo a écrit:

Il ne faut pas me jeter à la tête des griefs s'adressant à d'autres personnes, qui ont peut-être une vision dans laquelle il y aurait des sortes de secrets, de trucs, de ruses à connaître, cachées au fond des textes et sans lesquelles on n'arriverait à rien. Je n'ai jamais tellement cru aux "mystérieux man ngag", pour ma part. En effet, pour la pratique, tout est assez simple, au fond — mais ça n'a rien à voir avec la résolution des questions dont nous parlons.


... ce que je n'ai pas fait. Mon "certains "grands érudits"" s'adressait à quelqu'un d'autre ... comme tu as pu le supposer. En l'occurrence j'aime beaucoup ta réponse.
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Yungdrung Gyalpo
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MessagePosté le: Lun 27 Juil 2015 - 19:23    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Sönam a écrit:
Yungdrung Gyalpo a écrit:

Il ne faut pas me jeter à la tête des griefs s'adressant à d'autres personnes, qui ont peut-être une vision dans laquelle il y aurait des sortes de secrets, de trucs, de ruses à connaître, cachées au fond des textes et sans lesquelles on n'arriverait à rien. Je n'ai jamais tellement cru aux "mystérieux man ngag", pour ma part. En effet, pour la pratique, tout est assez simple, au fond — mais ça n'a rien à voir avec la résolution des questions dont nous parlons.


... ce que je n'ai pas fait. Mon "certains "grands érudits"" s'adressait à quelqu'un d'autre ... comme tu as pu le supposer. En l'occurrence j'aime beaucoup ta réponse.


Je l'avais en effet supposé mais je ne me prononce pas sur la question, vu qu'il y a là des questions de tempéraments spirituels différents, sans doute. Je ne suis pas dans "à chacun sa vérité", au contraire, car je suis fermement persuadé qu'il n'y en a qu'une — mais je crois quand même qu'il y a des singularités absolues dans la vie spirituelle. Il n'y a peut-être même que ça et peut-être que le plus grand "péché contre l'esprit" serait de vouloir qu'il n'y ait qu'une voie pour tous.

Et merci pour ma réponse.
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MessagePosté le: Lun 27 Juil 2015 - 21:34    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Sönam a écrit:
J'avoue avoir un peu de mal à suivre un raisonnement "à tout pris", comme s'il était absolument nécessaire que l'esprit discursif, duel, résolve le problème de "la réalité". Il est clair, pour ma part, que l'esprit (sems) ne peut englober/appréhender la réalité ultime ...
L'approche purement universitaire/philosophique s'attachant "absolument" aux textes me déroute ... il me semble que ce soit sans solution. Malgré que les maîtres, Longchenpa en tête, aient répétés, redit sans cesse, la simplicité de l'éveil, ineffabilité de celui-ci, la façon qu'ont certains érudits de se perdre dans des raisonnements, etc.


Pour clarifier le discours ... je ne rejette pas la lecture des textes, bien au contraire. Je pratique souvent le passage du texte à la réflexion méditative, puis à la pratique "inspirée". Modestement aussi, j'essaye d'apporter au lecteur français des textes traduits uniquement en langue anglaise ... le tibétain sera pour la prochaine vie. Par contre, il est une approche très intellectualisée, que l'on retrouve notamment dans des thèses "de poids", où contre vent et marée il est recherché à travers les écrits des maîtres, une justification "à tout prix" de sa propre (in)compréhension, faisant complètement abstraction de l'expérience/la pratique. Dans le dzogchen, la "spontanéité inspirée" peut largement valoir une accumulation de références aux textes ... on parle de lhundrub, et peut-être est-ce en fait, simplement là, l'objet de "l'élimination" du doute du testament de Garab Dorjé.
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MessagePosté le: Mar 28 Juil 2015 - 09:25    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Sönam a écrit:
Pour clarifier le discours ... je ne rejette pas la lecture des textes, bien au contraire. Je pratique souvent le passage du texte à la réflexion méditative, puis à la pratique "inspirée". Modestement aussi, j'essaye d'apporter au lecteur français des textes traduits uniquement en langue anglaise ... le tibétain sera pour la prochaine vie. Par contre, il est une approche très intellectualisée, que l'on retrouve notamment dans des thèses "de poids", où contre vent et marée il est recherché à travers les écrits des maîtres, une justification "à tout prix" de sa propre (in)compréhension, faisant complètement abstraction de l'expérience/la pratique. Dans le dzogchen, la "spontanéité inspirée" peut largement valoir une accumulation de références aux textes ... on parle de lhundrub, et peut-être est-ce en fait, simplement là, l'objet de "l'élimination" du doute du testament de Garab Dorjé.


C'est entendu. L'une des raisons pour lesquelles je quitte maintenant l'université, c'est précisément que la pression folle à la publication à tout prix, ainsi que les nouvelles modalités « à l'américaine » de l'évaluation de la recherche, valorisent une forme de travail que je juge trop journalistique, où il s'agit de se distinguer à tout prix par des « scoops » qui n'ont souvent aucune espèce de valeur, même seulement intellectuelle, même en faisant abstraction du point de vue de ceux qui attendent des textes un apport à leur pratique. Je me souviens, pour ne pas prendre des exemples dans le bouddhisme, qu'au moment où ont été ouvertes les archives du philosophe Merleau-Ponty, toutes sortes de requins tournaient autour en attendant de leur lecture une sorte de scoop intellectuel qui aurait révolutionné la philosophie contemporaine — et surtout : dont la « révélation » aurait boosté leur carrère. En somme, ce qui est dévalorisé dans ce qu'on pourrait appeler la néo-université, ou la post-université, c'est la rumination lente et méticuleuse de textes supposés déjà connus — c'est-à-dire, que quelques-uns ont dû lire une fois en vitesse — pour en tirer lentement la substantifique moelle. Ce qui est valorisé, au contraire, c'est l'exploration hâtive de corpus immenses, où l'on espère trouver ce genre de « scoops ». Pour ma part, même si je lis assez vite, je suis vraiment adepte de la lecture méditative, c'est-à-dire de la rumination sans fin de « classiques » d'un intérêt inépuisable. Cette approche plus bénédictine, disons, que journalistique, a longtemps été aussi la norme du travail universitaire. C'est juste la post-université qui l'a délaissée dans sa fringale de nouveautés, ou bien d'approches supposées « décalées et impertinentes », qui le plus souvent sont encore plus bêtes qu'elles ne sont subversives.
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Yungdrung Gyalpo
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MessagePosté le: Mar 28 Juil 2015 - 09:31    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Pour aller plus loin dans la même voie, d'ailleurs, je pense que l'heure est à l'organisation de structures d'études extérieures à l'université, quoique pouvant bénéficier à terme de formes d'association contrôlées avec l'université (cf. par exemple l'I.P.C. dans le monde catholique), présentant des cursus d'un niveau d'exigence égal ou supérieur à ce qui se fait à l'université, mais sans cet esprit de dispersion, de précipitation et de superficialité qui caractérise la post-université française. Dans le monde catholique également, même sans aucun lien avec aucun dispositif universitaire, il existe des structures étonnantes, quoique peu visibles, pour maintenir avec un haut niveau d'exigence des aspects complexes et subtils de la tradition. Je pense à la Schola Saint Grégoire qui enseigne le chant grégorien « selon la méthode de Solesmes » avec une session d'été et un cours par correspondance qui fonctionnent… depuis 75 ans, avec cinq degrés décernés après des examens réellement difficiles. Pourquoi cela ne serait-il pas possible dans le bouddhisme ? J'en ai longtemps rêvé, sous des formats aussi traditionalistes que possible (pas au sens guénonien, hein ! Je parle de la vraie tradition, historiquement attestée, du bouddhisme réel !). Je me suis trop usé dans le bouddhisme et ce n'est pas à moi qu'il sera donné d'y participer ; mais il y a toute une jeunesse plus fraîche et très brillante qui ne demande sans doute qu'à servir, si on l'émancipe du joug de la jalousie des aînés moins formés qui veulent à toute force maintenir leur domination même sur ce à quoi ils ne connaissent pas grand-chose. Si les rapports humains dans le bouddhisme français étaient plus normaux, chacun resterait à sa place, mais il y aurait une place pour tous : aux vieux l'autorité et le gouvernement des centres, s'ils ont du talent pour administrer ; aux autres, notamment aux jeunes, on pourrait donner leur place en fonction de leurs talents et de leurs bonnes aspirations.

Il n'y a pas de raison qu'il faille choisir entre une université dont l'esprit global n'est pas très bon, d'un côté, et des « centres du Dharma » où l'ambiance globale est quand même souvent hostile à toute forme d'apprentissage traditionnel rigoureux (toute forme de désir de comprendre allant au-delà de la répétition de ce que dit le maître y étant souvent perçue follement comme un commencement de dissidence !…).

Désolé de cette digression complètement hors-sujet.
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MessagePosté le: Mar 28 Juil 2015 - 10:37    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Pourrais-tu développer ce que tu appelles "tradition au sens guénonien"? Il considérait le bouddhisme comme une forme orthodoxe de l'hindouisme (sur la fin, c'est vrai, et je dis ça pour provoquer, mais quand il parle du Védanta il s'appuie sur Shankara qui était soupçonné d'être bouddhiste par certains de ses contemporains)
Serge Z.
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MessagePosté le: Mar 28 Juil 2015 - 10:51    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Yungdrung Gyalpo a écrit:


Il n'y a pas de raison qu'il faille choisir entre une université dont l'esprit global n'est pas très bon, d'un côté, et des « centres du Dharma » où l'ambiance globale est quand même souvent hostile à toute forme d'apprentissage traditionnel rigoureux (toute forme de désir de comprendre allant au-delà de la répétition de ce que dit le maître y étant souvent perçue follement comme un commencement de dissidence !…).

Désolé de cette digression complètement hors-sujet.


Tu fais en fait appelle à la création de "shedras" en France, ou au moins en Europe. Il existe Rigpa Shedra à Lerab Ling, mais je n'en connais pas le cursus. Sinon il y a la Nitartha Institute ou quelques "Shedras pour occidentaux" au Népal, notamment la Rangjung Yeshe Institute.
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MessagePosté le: Mar 28 Juil 2015 - 10:55    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Karma Trinley Puntsok a écrit:
Pourrais-tu développer ce que tu appelles "tradition au sens guénonien"? Il considérait le bouddhisme comme une forme orthodoxe de l'hindouisme (sur la fin, c'est vrai, et je dis ça pour provoquer, mais quand il parle du Védanta il s'appuie sur Shankara qui était soupçonné d'être bouddhiste par certains de ses contemporains)


René Guénon appelle au fond « Tradition » sa propre doctrine, qui ressemble surtout au néo-platonisme et qu'il confond avec une sorte de vérité supérieure, commune, dont toutes les religions ne seraient que des déclinaisons variées et plus ou moins authentique.

On ne peut pas être guénonien et bouddhiste, parce que le guénonisme « surcode » le bouddhisme, l'interprète en le prenant pour ainsi dire « d'au-dessus » pour lui donner un sens qui n'est pas le sien. Un peu comme le bouddhisme « surcode » par exemple le christianisme en disant que « le Christ était un grand bodhisattva qui a enseigné par compassion des doctrines éternalistes pour amener les hommes au bien quand ils n'avaient pas la capacité de comprendre des doctrines plus profondes », énoncé violemment anti-chrétien qu'aucun chrétien ne peut accepter, malgré son air anodin et gentil. Je trouve que le guénonisme fait la même chose au bouddhisme, en somme.
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MessagePosté le: Mar 28 Juil 2015 - 10:59    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Sönam a écrit:


Tu fais en fait appelle à la création de "shedras" en France, ou au moins en Europe. Il existe Rigpa Shedra à Lerab Ling, mais je n'en connais pas le cursus. Sinon il y a la Nitartha Institute ou quelques "Shedras pour occidentaux" au Népal, notamment la Rangjung Yeshe Institute.


Oui, le Ranjung Yeshe Institute est un bon exemple, ça tourne bien, bon niveau, bon esprit.

Pour le shedra de Lerab Ling, je ne le connais pas. Mais, en toute franchise, ce n'est pas au voisinage de Sogyal Rinpoché que je m'installerais, pour une expérience de pensée libre, radicale et traditionnelle à la fois. J'aurais trop peur de me faire entortillonner des dans chantages affectifs culpabilisants et un peu malsains. C'est tout de même un homme qui véhicule une atmosphère horriblement malsaine et pesante, ultra-cléricalisme d'un côté, impureté sexuelle mélangée d'idéalisations ésotériques de l'autre… Mais bon en fait quand j'y pense je n'ai jamais trouvé, dans aucun centre, l'atmosphère paisible de recherche sereine de la vérité que je trouve aujourd'hui dans les monastères et les couvents catholiques. Il y a toujours trop d'hystérie dans l'air… Peut-être parce que les lamas baisent trop ?… Ou aiment trop l'argent ?…

(Pardon de ma franchise brutale : je peux me permettre, maintenant, puisque je suis complètement hors jeu et que je ne fais que réfléchir en essayant d'être objectif et réaliste…).
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MessagePosté le: Mar 28 Juil 2015 - 11:04    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Je suis guénonien et bouddhiste et je serais curieux de lire des passages de Guénon où il surcode le bouddhisme. Il y a peut-être une surinterprétation.

Il décrit une métaphysique et explique qu'il y a différents moyens pour accéder a la vérité. Cette vérité unique est à découvrir par les moyens que chacun juge appropriés.


Dernière édition par Karma Trinley Puntsok le Mar 28 Juil 2015 - 11:10; édité 1 fois
Yungdrung Gyalpo
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MessagePosté le: Mar 28 Juil 2015 - 11:06    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Karma Trinley Puntsok a écrit:
Je suis guénonien et bouddhiste et je serais curieux de lire des passages de Guénon où il surcode le bouddhisme. Il y a peut-être une surinterprétation.


Je ne sais pas pourquoi les bouddhistes veulent toujours être "bouddhistes et x, y, z… ", "le beurre et l'argent du beurre"… "Bouddhiste et heideggerien", "la chèvre et le chou", "chair et poisson"…

Cela dit, je connais mal l'œuvre de Guénon malgré les efforts que j'ai faits autrefois pour m'y intéresser. Je trouve cela plat, mal écrit, et cela n'apporte rien d'utile si on connaît bien le néo-platonisme antique. J'ai beaucoup de mal avec son style que je trouve constamment professoral, pontifiant, avec un air d'autorité quasi-épiscopale pénible… Ce ton d'initié qui parle de tout de haut en bas… Mais bon, là encore, question de tempérament. Le ton professoral de Heidegger me choque moins, par exemple, alors qu'il pontifie aussi, à sa manière (mais je ne suis pas plus guénonien que heideggerien, au reste).

Le guénonisme m'apparaît comme le type même de la « machine à avoir toujours raison sur tout ». Le contraire de ce que j'aime, comme je l'ai dit : la rumination patiente et pieuse des vrais textes d'une vraie tradition religieuse, comme support relançant toujours une vraie recherche de la vérité toujours en alerte.
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Dernière édition par Yungdrung Gyalpo le Mar 28 Juil 2015 - 11:11; édité 1 fois
Karma Trinley Puntsok
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MessagePosté le: Mar 28 Juil 2015 - 11:11    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs Répondre en citant

Désolé j'ai édité mon message entre temps.
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 10:34    Sujet du message: Intellectuels et expérimentateurs

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