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Kuge (Shôbôgenzô, chapitre 43)

 
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Jinzû
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MessagePosté le: Mar 21 Juin 2016 - 03:54    Sujet du message: Kuge (Shôbôgenzô, chapitre 43) Répondre en citant

Traduction anglaise © 2007 by Michael Eido Luetchford
traduit en français et mis en ligne par Yudo, maître zen.
http://zen-et-nous.1fr1.net/t1350-dogen-ce-n-est-pas-la-peine-de-le-lire#24…

Shôbôgenzô, chapitre 43: Kuge*

Fleurs dans l'espace – Une interprétation moderne, par Michael Eido Luetchford, successeur du Dharma de Gudo Nishijima rôshi.

Bodhidharma écrivait:
..........Au départ, je suis venu en Chine pour transmettre l'enseignement de la réalité,
..........Et pour libérer les gens de leurs illusions.
..........Cinq pétales qui s'ouvrent, une seule fleur;
..........Le fruit mûrit de lui-même.

[1] Il nous faut apprendre grâce à notre pratique le temps où s'ouvre la fleur, et observer sa brillance, sa couleur et sa forme. Un fleur est faite de cinq pétales: cinq pétales qui s'ouvrent sont la fleur. Venir en Chine transmettre les enseignements pour libérer les gens de leurs illusions émotionnelles est clairement Bodhidharma qui incarne cette fleur. En apprenant ceci grâce à notre pratique, il nous faut rechercher cet état de brillance et de couleur. Ce "mûrit de lui-même" signifie laisser le résultat être ce qu'il est. Ce qui mûrit de lui-même est une cause produisant un effet. Dans l'Univers, il y a des causes et il y a des effets. Cet Univers n'est autre que les causes que nous produisons et les effets que nous ressentons.

"Lui-même" ne renvoie pas à un "soi" abstrait, mais à un soi concret fait de la matière réelle de l'Univers. Maître Rinzaï paralit de "la personne vraie sans position" pour exprimer cette sorte de soi, parce qu'elle ne renvoie pas à un "Je" ou à un "quelqu'un" abstraits. "De lui-même" signifie juste tel quel. "Mûrit de lui-même" est juste l'instant où les fleurs s'ouvrent et les fruits mûrissent; l'instant où Bodhidharma enseigne la réalité et libère les personnes de l'illusion.

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∗ Ku [空] signifie “ciel” ou “espace” et ge[花] signifie “fleurs”. Traditionnellement, le caractère
ku sert aussi pour traduire le sanscrit sunyata, qu'on traduit souvent en français par "vacuité" ou "vide", ce qui fait qu'un rendu alternatif de l'expression kuge serait "fleurs de la vacuité" ou "fleurs du vide." Cependant, dans ce chapitre, Dôgen se sert des "fleurs dans l'espace" pour symboliser le phénoménal, par opposition à "fleurs par terre", qui symbolisent ce qui est réel.

[1] Dans ce paragraphe, Dôgen décrit la fleur comme un phénomène individuel composé de ses parties. Il parle là à partir du premier de ses quatre points de vue. Pour plus de détails sur les Quatre Vues de Nishijima rôshi, on peut consulter
Comprendre le SBGZ:
http://zenmontpellier.net/fr/gudo/comprendre.html

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[2] On peut voir un exemple de cette ouverture naturelle dans la fleur du lotus bleu (utpala, symbole de fraîcheur), qui s'ouvre et s'étend dans des endroits et des saisons qui sont d'une chaleur suffocante -- dans le feu. Et, à l'inverse, la chaleur suffocante, les flammes et le feu, existent à l'endroit et dans la saison où s'ouvre et se répand la fleur du lotus bleu. Une seule flamme contient des centaines et des milliers de lotus bleus; ils s'ouvrent et s'étalent dans l'espace, ils s'ouvrent et s'étendent sur la terre, ils s'ouvrent et s'étendent dans le passé et ils s'ouvrent et s'étendent dans le présent. Ressentir le moment et l'emplacement de ce feu est ressentir les lotus bleus. Il ne faut pas que nous dérivions loin du moment et de l'emplacement des lotus bleus.

Un ancêtre a dit:
..........Des fleurs de lotus bleus
..........S'ouvrent dans le feu
Les fleurs de lotus bleu s'ouvrent donc et s'étalent toujours dans le feu. Pour comprendre "dans le feu", il nous faut trouver l'endroit où s'ouvre et s'étale la fleur de lotus bleu. Il ne nous faut pas nous laisser prendre au piège du point de vue de la personne ordinaire, pas plus qu'à celui du point de vue idéaliste, sinon nous ne comprendrons pas ce que signifie "dans le feu". Si vous en doutez, vous pourriez aussi douter du fait que les lotus bleus croissent en fait dans l'eau, ou vous pourriez douter du fait que les fleurs poussent en fait sur des tiges. Si nous devions douter, nous pourrions douter du fait qu'un monde physique stable existe devant nous ici et maintenant. Mais nous n'en doutons pas.
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[2] A partir d'ici, Dôgen décrit la relation entre les phénomènes (lotus bleus) et leurs circonstances (la chaleur) à partir du second point de vue.


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[3] A moins d'être dans la lignée de la vérité du Bouddha, nous ne pouvons pas reconnaître qu'une fleur qui s'épanouit est le monde qui se manifeste. Et une fleur qui s'épanouit représente chacun des nombreux et variés phénomènes réels. L'Univers est tous ces phénomènes individuels rassemblés afin de former quelque chose de clair et brillant. Lorsqu'on l'a compris, on peut regarder le printemps et l'automne. Ce n'est pas qu'au printemps et à l'automne qu'il y a des fleurs et des fruits; le temps-présent est toujours en train de fleurir et de fructifier. Les fleurs et les fruits gardent toujours leur propre temps-présent, et chaque temps-présent garde toujours ses fleurs et ses fruits. C'est ainsi que chaque phénomène a ses fleurs et ses fruits. Chaque arbre a ses fleurs et ses fruits. les phénomènes matériels ont tous leurs fleurs et leurs fruits. Les éléments de ces phénomènes ont tous leurs fleurs et leurs fruits. Les êtres humains individuels ont leurs fleurs et les êtres humains eux-mêmes fleurissent; même les personnes vieilles et émaciées fleurissent.

[4] Tout cela étant, il y a les fleurs dans l'espace dont parle le Bouddha 5. Les personnes à l'esprit étroit et sans pénétration ne savent pas que les fleurs dans l'espace ont des couleurs, de la brillance, des feuilles et des pétales; elles peuvent à peine entendre les mots "fleurs dans l'espace." Rappelez-vous, les gens qui suivent la voie du Bouddha peuvent parler de fleurs dans l'espace, mais les non-bouddhistes n'en savent rien, et n'y comprennent encore moins rien. Seuls les bouddhas et leurs descendants savent comment les fleurs dans l'espace et les fleurs par terre s'épanouissent et se fanent; eux seuls savent comment les fleurs du monde s'épanouissent et se fanent; eux seuls savent que ces fleurs dans l'espace, par terre, et dans le monde, servent à nous enseigner la vérité. Elles sont la façon acceptée d'étudier le Bouddhisme. Comme les fleurs dans l'espace sont le moyen grâce auquel les bouddhas et leurs descendants étudient, les bouddhas dans le monde et les enseignements du Bouddha se fondent sur ces fleurs dans l'espace.
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[3] A partir d'ici, Dôgen décrit l'identité entre les phénomènes et l'Univers à partir du troisième point de vue.

[4] Dans ce paragraphe, Dôgen parle de la situation réelle à partir du quatrième point de vue; nous vivons dans un monde de phénomènes et quoique les phénomènes soient des fleurs dans l'espace, nous nous fondons sur le monde phénoménal.

5 Voir le poème plus loin.



© 2007 by Michael Eido Luetchford
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Mais lorsque les gens ordinaires et ignorants entendent les paroles du Bouddha selon lesquelles les yeux voilés voient les fleurs dans l'espace, ils s'imaginent que les yeux voilés font référence au voile sur les yeux qui affecte les gens ordinaires. Ils s'imaginent que ces personnes ont des yeux malades et que c'est pour cette raison qu'ils voient des fleurs inexistantes qui flottent dans l'air vide. Comme ces ignorants sont attachés à cette explication, ils en concluent que les trois mondes 6, les six domaines 7, ceux pourvus de la nature-de-bouddha et ceux qui en sont dépourvus, sont tous illusoires et n'existent pas réellement. Ils s'excitent sur la possibilité de guérir la maladie qui est cause que leurs yeux sont voilés, après quoi ils ne verraient plus de fleurs dans l'espace, et disent que c'est là le sens de la phrase "l'espace est originellement sans fleurs." Des personnes comme celles-là, qui ne savent pas quand existent les fleurs dans l'espace dont parle le Bouddha, quand elles apparaissent et quand elles disparaissent, sont pitoyables.

Les gens ordinaires qui ne sont pas bouddhistes ne peuvent pas comprendre le vrai sens des yeux voilés et des fleurs dans l'espace dont parle le Bouddha. Mais c'est en étudiant les fleurs dans l'espace que les bouddhas et les tathagatas reçoivent leurs robes, prennent leur place en tant qu'enseignants et réalisent ce qu'est la réalité, et en reçoivent les bénéfices. Lorsque le Bouddha indiquait la réalité en faisant tourner une fleur et en clignant de l'oeil à l'adresse de Mahâkashyapa, il s'agissait d'yeux voilés voyant des fleurs dans l'espace. L'essence du bouddhisme et l'esprit clair et serein qui sont passés jusqu'à maintenant sans interruption incarnent les yeux voilés qui voient des fleurs dans l'espace. S'éveiller à la réalité, être dans l'état serein et paisible, incarner la réalité, revenir à notre nature originelle, ne sont qu'une fleur dans l'espace qui ouvre deux ou trois de ses pétales.

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6 Mental/spirituel, physique, réel.
7 Les mondes des fantômes affamés, des démons, des animaux, des êtres humains, des titans et des dieux.


© 2007 by Michael Eido Luetchford
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Le Bouddha Shakyamuni a dit:
______C'est comme si une personne qui a les yeux voilés
______Voyait des fleurs dans l'espace;
______Une fois que la maladie de leurs yeux voilés est guérie
______Les fleurs dans l'espace disparaissent.

Aucun savant n'a clairement compris ce qui est dit ici. Comme ils ne savent pas ce qu'est l'espace, ils ne savent pas ce que sont les fleurs dans l'espace. Et comme ils ne savent pas ce que sont les fleurs dans l'espace, ils ne savent pas qui a les yeux voilés et ne peuvent décider de qui a les yeux voilés; ils n'ont jamais rencontré quelqu'un aux yeux voilés, et n'ont jamais eux-mêmes vécu ce qu'est d'avoir les yeux voilés. Quand on rencontre une personne qui a les yeux voilés, on peut en venir à savoir ce que sont les fleurs dans l'espace, et on peut alors voir les fleurs dans l'espace.

Une fois qu'on a vu des fleurs dans l'espace, on peut aussi voir comment les fleurs dans l'espace disparaissent. L'idée qu'une fois qu'elles ont disparu, les fleurs dans l'espace ne réapparaîtront jamais est une petite croyance. Mais si on ne voit pas de fleurs dans l'espace, qu'y a-t-il à voir? Si vous ne connaissez les fleurs dans l'espace que comme quelque chose dont on doit se débarrasser, alors vous ne pourrez jamais connaître l'affaire profonde qui s'ensuit des fleurs dans l'espace, ni le processus par lequel elles germent, fleurissent et se fanent.

Chez nos savants d'aujourd'hui, la plupart pense que l'espace, c'est le ciel – l'endroit où réside l'énergie yang, et un vide dans lequel le soleil, la lune et les étoiles sont suspendues. Par exemple, ils pensent probablement que les fleurs dans l'espace renvoient à des formes colorées qui flotteraient dans un ciel dégagé comme le feraient des nuages; comme des corolles épanouies flottant et poussées de ci de là par le vent. Ils ne conçoivent pas que les éléments de toutes choses créées et les choses créées par eux, tout ce qui est connu dans tout l'Univers; notre état d'équilibre originel, notre nature originelle, et ainsi de suite, sont tous des fleurs dans l'espace.

Qui plus est, ils ne savent pas que les éléments de toutes choses créées existent à cause de ces choses, et ils ne savent pas que le monde matériel existe de façon stable en vertu de l'existence des choses réelles en son sein. Ils pensent seulement que les choses réelles existent à cause du monde matériel dans lequel ils se trouvent. Ils comprennent que les fleurs dans l'espace n'existent que lorsque les yeux sont voilés, et ne voient pas la vérité selon laquelle ce sont les fleurs dans l'espace qui sont cause de ce que les yeux voilés existent."

© 2007 by Michael Eido Luetchford
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Rappelez-vous: aussi longtemps que vous suivrez la voie du Bouddha, lorsque vos yeux seront voilés, vous réaliserez votre nature originelle, vous réaliserez quelque chose de subtil, vous serez un bouddha, une personne des trois mondes, transcendant l'état de bouddha. Nous ne devons pas être assez stupides pour croire qu'il faille éviter d'avoir les yeux voilés et que la réalité se trouve ailleurs. Il s'agit là d'une vue restreinte. Si les yeux voilés et les fleurs étaient des illusions, la personne attachée à cette vue erronée devrait elle-aussi être une illusion, et l'attachement devrait être une illusion. Si tout est illusion, on ne peut en aucun cas établir que quoi que ce soit soit vrai. Si on ne peut pas établir ce qui est vrai, il n'y a aucun moyen d'affirmer que les yeux voilés et les fleurs sont des illusions.

Lorsque notre réalisation est voilée, tous les éléments de notre réalisation sont décorés de nuages. Et lorsque nos illusions sont voilées, tous les éléments de nos illusions sont décorées de nuages. Pour l'instant, disons que lorsque les yeux voilés sont équilibrés, les fleurs dans l'espace sont équilibrées; et lorsque les yeux voilés n'apparaissent pas, alors les fleurs dans l'espace n'apparaissent pas. Lorsque tout se montre tel que c'est, alors les nuages et les fleurs se montrent tels qu'ils sont. Ce n'est pas dans la même dimension que celle du temps qui passe du passé au présent et au futur, et ce n'est pas une situation qui a un commencement, un milieu et une fin. Ce n'est pas comme une situation qui surgit et qui passe; c'est la cause elle-même du surgissement et de la fin – des fleurs qui surgissent dans l'espace et qui disparaissent dans l'espace, surgissant dans des yeux voilés et disparaissant dans des yeux voilés, surgissant en fleurs et disparaissant en fleurs. Toutes les autres fois et les autres endroits sont également ainsi.

Il se peut qu'il y ait différentes façons de voir les fleurs dans l'espace. Il y a voir avec des yeux voilés, voir avec des yeux clairs, voir avec des yeux bouddhistes, voir avec les yeux de nos ancêtres, voir avec les yeux de la vérité, et voir avec des yeux aveugles. Il y a voir avec les yeux de trois-mille ans, voir avec les yeux de huit-cents ans, voir avec les yeux de centaines d'éons, et voir avec les yeux d'innombrables éons. Même si toutes ces façons existent de voir des fleurs dans l'espace, il existe aussi bien des sortes d'espace, et bien des sortes de fleurs.

© 2007 by Michael Eido Luetchford
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Rappelez-vous que l'espace se comporte tout comme une plante. Et, de même que les fleurs s'épanouissent sur des plantes, de même des fleurs s'épanouissent dans l'espace. En expliquant comment cela est, le Tahâgata a dit que l'espace est à l'origine sans fleurs, ce qui est exactement ce qui se produit pour les pêchers et les pruniers, les abricotiers et les saules. Par exemple, on dit qu'hier le prunier n'avait pas de fleurs, mais que les fleurs arrivent au printemps. Lorsqu'arrive le printemps, juste alors les fleurs s'épanouissent. Ceci peut être exprimé autant comme le printemps des fleurs que comme le fleurissement du printemps. Les fleurs s'épanouissent toujours au moment opportun. Les fleurs d'abricotiers fleurissent toujours sur les abricotiers, et les fleurs de saule fleurissent toujours sur les saules. Si l'on considère la fleur, on peut dire de quel arbre elle provient, et si on considère l'arbre, on peut dire à quoi ressemblera sa fleur. Les fleurs de pêcher ne fleurissent jamais sur les abricotiers et les fleurs de prunier ne fleurissent jamais sur les saules. Les fleurs d'abricotier fleurissent sur les abricotiers, et les fleurs de saule fleurissent sur les saules; les fleurs de pêcher fleurissent sur les pêchers et les fleurs de prunier fleurissent sur les pruniers. Et de la même façon les fleurs dans l'espace fleurissent toujours dans l'espace; elles ne fleurissent jamais sur d'autres plantes ou d'autres arbres.

En considérant toutes les couleurs différentes de fleurs de l'espace, on peut imaginer toutes les sortes différentes de fruits de l'espace. En observant quand les fleurs dans l'espace s'épanouissent et quand elles se fanent, on peut en venir à savoir quand vient le printemps pour elles et quand vient l'automne pour elles. C'est probablement la même sorte de printemps qui vient pour les fleurs dans l'espace que pour les autres fleurs. Mais en considérant toutes les différentes couleurs de fleurs dans l'espace, on peut imaginer qu'il puisse y avoir bien des saisons de printemps différentes dans l'espace. Et ceci pourrait bien produire des printemps et des automnes dans le passé et des printemps et des automnes dans le présent. Les gens qui pensent que les fleurs dans l'espace sont irréelles, et que seules les autres sortes de fleurs sont réelles, n'ont jamais rencontré les enseignements du Bouddha.

Lorsqu'on entend que l'espace est à l'origine sans fleurs, si on le comprend comme étant que les fleurs qui existent maintenant dans l'espace n'étaient pas là à l'origine, ce point de vue est étroit et limité. On doit avancer et se procurer une vue plus profonde. Un ancêtre disait: "Ce qui apparaît n'est jamais des fleurs." Et le sens réel de ses paroles est que les fleurs n'ont jamais apparu, que les fleurs n'ont jamais disparu, que le mot "fleurs" ne capture jamais les fleurs, et que le mot "espace" ne capture jamais l'espace. Et on ne devrait pas s'amuser en discussions pour savoir si les fleurs existent dans l'espace ou si elles n'existent pas dans l'espace, en mélangeant au hasard l'avant-floraison et l'après-floraison.

Les fleurs apparaissent imbues de nombreuses couleurs différentes, mais ces nombreuses couleurs n'appartiennent pas aux fleurs; d'autres saisons aussi ont des bleus, des jaunes, des rouges et autres couleurs. Le printemps apporte les fleurs et les fleurs apportent le printemps.

© 2007 by Michael Eido Luetchford
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Cho Setsu était un haut-fonctionnaire local ainsi que disciple laïc de maître Sekiso Keisho. Quand il réalisa ce qu'est la vérité de ce monde, il composa le poème suivant:

_____Toutes choses mondaines – nombreuses comme les grains de sable du Gange – sont illuminées dans une clarté sereine.
_____Tous, gens ordinaires ou religieux, sont ma famille.
_____Lorsque pas une seule image ne surgit [dans notre esprit] le tout se manifeste.
_____Mais s'il y a le moindre mouvement dans nos sens, des nuages voilent le tout.
_____Tenter de se défaire des désirs ne fait qu'empirer les choses.
_____Mais de s'approcher de la vérité intentionnellement est tout aussi erroné.
_____Quand on suit les circonstances, il n'y a pas d'obstacle.
_____Le nirvâna et la vie-et-mort8 ne sont que des fleurs dans l'espace.

C'est cette clarté qui fait que la Salle des moines, la Salle du Bouddha, la Cuisine et la Porte du temple sont réelles.9 Cette clarté fait que toutes choses dans le monde – aussi nombreuses que les grains de sable du Gange – sont réelles, et elles-mêmes sont clarté faite réelle.

_____Tous, gens ordinaires ou religieux, sont ma famille.

On ne peut nier que les gens ordinaires comme les religieux existent, mais leur coller l'étiquette d'ordinaires et de religieux est une négation de leur valeur réelle.

_____Lorsque pas une seule image ne surgit [dans notre esprit] le tout se manifeste.

Chaque image surgit ici à chaque instant. Donc, lorsqu'aucune image ne surgit, la substance de l'Univers dans sa totalité se manifeste ici. C'est pour cette raison qu'il dit "Lorsque pas une seule image ne surgit".

_____Mais s'il y a le moindre mouvement dans nos sens, des nuages voilent le tout.

Nous avons six organes sensoriels: les yeux, les oreilles, le nez, la langue, la peau et le centre nerveux. Mais notre division des données sensorielles en six sens peut se révéler arbitraire. Et mouvement signifie semblable au mouvement d'une montagne ou le mouvement de la Terre; le mouvement dans nos sens est un mouvement subtil. Dans leur immobilité, les montagnes bougent subtilement, et c'est ainsi qu'elles produisent des nuages et des rivières.

_____Tenter de se défaire des désirs ne fait qu'empirer les choses.

Si on veut se défaire du désir, la poigne du désir ne fait que se renforcer. Nous n'avons peut-être pas été libres de désir jusqu'ici, mais la poigne qu'il avait sur nous était causée par notre désir de devenir parfaits. Notre voeu de nous débarrasser du désir ne fait qu'ajouter à notre désir. Même vouloir se débarrasser du désir est une forme de désir. Le désir est présent dans le voeu de se débarrasser du désir.

_____Mais de s'approcher de la vérité intentionnellement est tout aussi erroné.

S'approcher de la vérité de façon intentionnelle est erroné, et de tourner le dos à la vérité est tout aussi erroné. La vérité apparaît dans l'état où nous ne en approchons ni ne lui tournons le dos. Mais dans les situations réelles, parfois la vérité apparaît alors que nous nous approchons de la vérité, et parfois elle apparaît alors que nous lui tournons le dos. Et, de plus, même s'il nous est presque impossible de la réaliser, même les actions erronées de s'approcher intentionnellement de la vérité et de tourner le dos à la vérité révèlent la vérité.

_____Quand on suit les circonstances, il n'y a pas d'obstacle.

Les circonstances qui suivent les circonstances sont ce qui signifié ici par pas d'obstacle. Nous pouvons apprendre comment transcender la différence entre les obstacles et pas d'obstacle dans l'état où nos yeux ne font qu'enregistrer ce qui se trouve devant eux.

_____Le nirvâna et la vie-et-mort ne sont que des fleurs dans l'espace.

Le nirvâna est l'état ultime d'équilibre. Nos ancêtres bouddhistes et leurs disciples habitaient cet état. Notre corps réel vit et meurt à la fois en même temps. Quoique le nirvâna et la vie-et-mort soient tous deux réels, ils ne sont en même temps que des fleurs dans l'espace. Les fleurs dans l'espace s'épanouissent avec des racines et des tiges, des branches et des feuilles, des fleurs et des fruits et de la brillance et des couleurs. Les fleurs dans l'espace produisent toujours des fruits dans l'espace et jettent toujours des semences dans l'espace.

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8 Le samsâra
9 Paroles du maître Unmon Bun-en, citées dans le Shinji-shôbôgenzô, 1ère partie, no. 81.

© 2007 by Michael Eido Luetchford
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Les trois mondes que nous percevons maintenant ne sont que les cinq pétales des fleurs dans l'espace qui s'épanouissent, et c'est ainsi que le Bouddha a dit que les trois mondes sont tout ce qu'il y a; toutes choses dans l'Univers montrent leur forme réelle. Toutes choses dans l'Univers montrent leur forme-fleur, et toutes choses, celles que nous connaissons et celles qui sont au-delà de notre imagination, sont des fleurs dans l'espace et leurs fruits. Et l'expérience nous montre que ces fleurs sont tangibles, tout autant que les fleurs d'abricotier, de saule, de pêcher et de prunier.

Lorsque le maître zen Reikun du Mont Fuyo dans le district de Fuchou de la Chine des Song devint l'élève du maître zen Shishin et qu'il entra au temple Kisu-ji, il demanda au maître: "Qu'est-ce que le Bouddha?"
Maître Kisu répondit: "Si je vous le dis, je me demande si vous me croirez!"
Reikun répondit: "Pourquoi ne croirais-je pas les paroles honnêtes de mon maître?"
Ce à quoi maître Kisu répondit: "Vous êtes vous-même un bouddha!"
Reikun demanda alors: "Que dois-je faire pour garder l'état de bouddha?"
Maître Kisu dit: "Aussitôt que vous reconnaissez que vos yeux sont voilés, toutes les fleurs dans l'espace tombent instantanément par terre."

Ces paroles décrivent la façon dont maître Kisu maintient l'état de bouddha. Rappelez-vous que le bouddha devient réel lorsque les yeux voilés et les fleurs tombent tous par terre, mais que les fleurs et les fruits vues par ces yeux tournés vers le ciel gardent cet état de bouddha.10 C'est parce que les yeux qui sont voilés sont de vrais yeux. Les fleurs dans l'espace dépendent de nos yeux pour leur existence et nos yeux dépendent des fleurs dans l'espace pour leur existence. On pourrait peut-être aussi dire: "Aussitôt que vous reconnaissez que les fleurs dans l'espace sont en réalité dans vos yeux, tous les voiles tombent instantanément par terre," et "Si l'espace avait son propre oeil, tous les voiles tomberaient instantanément par terre." Cela étant, le mot voilé, le mot yeux, et le mot espace décrivent tous Zenki.11 Et la phrase tombe instantanément par terre suggère les milliers d'yeux qui foht partie du corps du Bodhisattva Avalokiteshvara. En somme, chaque fois et partout que des yeux existent, on trouvera des fleurs dans l'espace, et des fleurs dans nos yeux, mais on dit que ces fleurs dans nos yeux sont dans l'espace. Nous devons être clairs sur le sens de l'expression fleurs dans nos yeux.

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10 C'est-à-dire, lorsque nous reconnaissons comment nous sommes, cette reconnaissance en elle-même nous met à la terre, mais en même temps, nous restons comme nous sommes.
11 Zenki signifie "activité totale" et symbolisse tous les fonctionnements de l'Univers.

© 2007 by Michael Eido Luetchford
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Pour expliquer ceci, maître Ekaku du Mont Roya écrivit ce qui suit:

______Quelle merveille, les bouddhas dans les dix directions!
______En essence, ce sont des fleurs dans nos yeux.
______Et si on veut savoir quelles fleurs on a dans les yeux,
______En essence, ce sont les bouddhas dans les dix directions.
______Mais si on tente d'analyser ce que sont les bouddhas dans les dix directions,
______Ils sont différents des fleurs dans nos yeux.
______Et si on tente d'analyser ce que sont les fleurs dans nos yeux,
______Elles sont différentes des bouddhas dans les dix directions.
______Lorsqu'on comprend cela clairement,
______On réalise que le concept “bouddhas dans les dix directions” nous induit en erreur.
______Si on ne comprend pas cela clairement,
______Les bouddhistes intellectuels en danseront de joie
______Et les bouddhistes matérialistes se mettront à se maquiller!

Rappelez-vous, ceci ne signifie pas que les bouddhas dans les dix directions ne sont pas réels. Cela signifie qu'ils sont, en essence, juste des fleurs dans nos yeux. L'endroit où les bouddhas dans les dix directions existent est dans nos yeux. 12 Et les bouddhas dans les dix directions n'existent pas ailleurs que dans nos yeux. Le fait qu'ils ne soient que des fleurs dans nos yeux ne signifie pas qu'ils n'existent pas, ou qu'ils existent effectivement; il ne signifie pas qu'ils ne sont pas substantiels ou non-réels. Ils sont de par leur nature juste les bouddhas dans les dix directions.

Or, si on tente d'analyser les bouddhas dans les dix directions, ils sont complètement différents des fleurs dans nos yeux. Lorsqu'on analyse, les fleurs dans nos yeux sont complètement différentes des bouddhas dans les dix directions. Les fleurs dans nos yeux et les bouddhas dans les dix directions à la fois comprennent ceci clairement et ne comprennent pas ceci clairement. Vouloir savoir et être différent de sont tous deux des merveilles de la réalité; c'est réellement merveilleux! Le sens fondamental des fleurs dans l'espace et des fleurs par terre dont parlent les bouddhas et les patriarches est "donner libre cours aux façons élégantes."13

Même si des enseignants de textes et de commentaires bouddhiques peuvent comprendre le concept de fleurs dans l'espace, il leur est impossible d'avoir les moyens ou l'expérience pour réaliser à quel point les fleurs par terre sont cruciales, à moins de pratiquer Zazen. Seul qui réalise à quel point les fleurs par terre sont cruciales peut transcrire l'état des patriarches bouddhistes en paroles.

Le maître zen Sekimon Etetsu vivait dans la Grande Chine de la dynastie Song dans un temple sur le Mont Ryozan. Un jour, un moine lui demanda: "Qu'est-ce que le 'joyau dans la montagne'? Ce qu'il demande en fait, c'est, "Qu'est-ce que le Bouddha?" ou "Qu'est-ce que la vérité?"
Le maître répond: "Des fleurs dans l'espace s'épanouissent par terre. Dans tout l'ensemble de ce pays, il n'y a pas de portail pour notre quête de la vérité."
D'autres descriptions des fleurs dans l'espace ne pourront jamais rivaliser avec ceci. Les enseignants ordinaires, qu'on peut trouver partout, en discutant du sens de l'expression fleurs dans l'espace, disent seulement que les fleurs apparaissent dans l'espace et disparaissent dans l'espace. Aucun d'eux ne comprend le sens de dans l'espace, de sorte qu'ils ne peuvent comprendre le sens de par terre. Seul maître Sekimon comprend la situation réelle.

Tous les événements ont lieu par terre; c'est là qu'ils se déploient. Juste à cet instant même, il y a un vaste terrain sur lequel tout se déploie; tout s'ouvre sur ce vaste terrain. Les mots "A travers tout ce pays, il n'y a pas de portail pour notre recherche de la Vérité ne signifient pas que, puisqu'il n'y a pas de portail, nous soyons incapables de chercher la vérité; ils signifient que, lorsque nous cherchons la vérité, il n'y a pas de barrière. Les fleurs dans l'espace s'épanouissent par terre, et ce vaste sol dépend lui-même de l'épanouissement des fleurs.

Le principe qu'il nous faut reconnaître est que le sol et l'espace tout à la fois sont des fleurs dans l'espace qui se déploient.



Shôbôgenzô Kuge
Prêché en public au temple Kannon Dori Kosho Horin-ji
le 10 mars 1243.
Cette interprétation complétée par Eido
le 18 novembre 2007.

_______________________________________________________
12 C'est-à-dire, notre représentation intérieure du monde extérieur.
13 “Rêves disparus à jamais, rêves réalisés. Se retenir et lâcher prise, nous donnons libre cours aux façons élégantes” – poème de maître Tendô Nyôjo.

© 2007 by Michael Eido Luetchford
_______________________________________________________


Gudo Wafu Nishijima Sensei

________________________________________
dite, "paranoïaque" par un groupe de tartuffes virtuels adeptes du Shingon, du Zen et de Mettā ...

" Ne juge pas de l'immensité du ciel bleu à travers une paille."
" Les meilleurs enseignants sont ceux qui vous disent où regarder, mais ne vous disent pas ce qu'il faut voir."
Les membres suivants remercient Jinzû pour ce message :
Serge Z. (21/06/16)
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MessagePosté le: Mar 21 Juin 2016 - 03:54    Sujet du message: Publicité

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