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du Mahamudra
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_bodhi
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MessagePosté le: Ven 12 Aoû 2016 - 20:53    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Lama Denys a écrit:
La vue, la nature de l’esprit-expérience

Mahamudra n’est pas un ailleurs, un autre qu’il faille connaître ou découvrir… Vouloir l’obtenir, l’atteindre ou le fabriquer sont autant de déviations qui procèdent d’une mauvaise compréhension, d’une vue erronée.

Mahamudra est l’expérience première, virginale, de la réalité avant que celle-ci n’ait été touchée par le mental, contaminée par la saisie. C’est l’expérience du réel au-delà de l’ego.

Habituellement, l’ego naît et renaît et nous vivons d’instant en instant ses conditionnements : nos différents états de conscience tout comme le monde extérieur que nous expérimentons. Notre ego, c’est-à-dire notre conscience individuelle, passe ainsi d’état en état, de monde en monde.

Mahamudra est l’expérience de ce qui est avant nous-même et notre monde.

Mahamudra est l’expérience antérieure à la naissance de l’ego et du samsara.

Mahamudra a toujours été là mais, plutôt que d’en faire l’expérience non duelle, nous nous engageons constamment dans les expériences dualistes selon un processus de solidification, de constitution de notre expérience, de notre monde, que nous répétons inlassablement.

La connaissance sans cet ego, sans observateur ni observé, est possible. L’intelligence immédiate, l’expérience primordiale n’appartiennent pas à l’ego qui est un processus parasitaire qui se l’approprie et la déforme. Non seulement ce point de référence central et l’altérité face à laquelle il se pose ne sont pas nécessaires, mais ils s’avèrent même être franchement inutiles, problématiques, et finalement la source de tous les maux.

La méditation est souvent tentative d’améliorer, de fabriquer… En fait mahamudra est essentiellement, complètement au-delà des notions de méditation, de pratique ou de non-méditation, de non-pratique, mais du point de vue conventionnelle, on peut en parler comme de l’ultime forme de méditation, ce caractère ultime résidant simplement dans ce que cette expérience est celle de la non-dualité.

D’une façon très simple et en même temps très profonde, la non-dualité est l’ultime parce qu’il n’y a pas deux. Ainsi, quelle que soit l’approche par laquelle on la réalise, la non-dualité est tout simplement non-dualité. Il n’y a pas plusieurs non-dualités, pas plus qu’il n’y a pas d’une part « la non-dualité » et d’autre part une vérité différente. En l’absence de sujet et d’objet, cette non-dualité est aussi cet au-delà de quoi il n’est pas possible d’aller ; c’est une expérience en laquelle les notions de sujet ou d’objet, d’un voyageur et d’un but, d’un moi et d’un autre ont disparu. Cette expérience est mahamudra, est madhyamaka, est maha-ati.

Cette expérience n’a rien d’intellectuelle. Il est difficile de parler du silence, de la simplicité et le discours qui en rend compte peut devenir compliqué, mais il est cependant important d’entendre que ce dont on parle est une expérience toute simple. C’est l’état naturel de notre esprit. C’est un enseignement à réaliser, à vivre. L’écueil est de prendre la compréhension intellectuelle qui est relative pour l’expérience de la réalité ; on deviendrait ainsi incurable. Cette impression de compréhension, avec la suffisance et l’arrogance qu’elle procure, met dans une situation sans issue : il n’est de pire ignorant que celui qui croit savoir.

Toucher et accepter cette expérience est difficile ; il y a en nous une sorte de résistance, de défense, d’obstacle, d’empêchement. Dans la transmission de mahamudra suivant la tradition Changpa [Lignée de transmission dans le bouddhisme tibétain qui remonte au yogi Kyungpo et dont Kalou Rinpotché était le principal détenteur], on parle de quatre obstacles à l’expérience de mahamudra. Elle est dite trop proche, trop profonde, trop simple et trop merveilleuse… Trop proche pour être reconnue ; trop simple pour être crue ; trop profonde pour être saisie ; trop merveilleuse pour être comprise.

Cette nature inaccessible peut cependant être approchée. Dans la pratique nous sommes assis, relâchés, détendus et nous laissons notre esprit, nous le délaissons. Il ne s’agit ni d’observer l’esprit ni de le modifier ni non plus de partir dans un état de torpeur, d’opacité, de somnolence. L’esprit ainsi, naturellement, a une qualité transparente, ouverte et lucide…

Cette expérience de l’esprit est dans la continuité de sa nature essentielle. La transparence de l’esprit, son insubstantialité, son caractère ouvert, sans centre ni périphérie, est sa vacuité. Cette expérience, l’esprit, n’est pas seulement vide, au sens d’inerte, d’opaque : il a une certaine clarté, une luminosité-lucidité qui permet la connaissance, l’intelligence. C’est son deuxième aspect. Dans cette luminosité ouverte, cette transparence lumineuse, toutes sortes d’expériences se manifestent dont la variété est littéralement illimitée, ce qui constitue le troisième aspect : l’ « intelligence illimitée » ou « absence de blocage », d’entrave. Ces trois aspects constituent les trois caractéristiques de l’esprit : « en essence vide, de nature lumineuse et aux manifestations illimitées ». Ces trois aspects, au niveau relationnel sont aussi ses trois qualités : l’ouverture, la clarté et la réceptivité-disponibilité. Au niveau ultime ce sont les trois corps du Bouddha – le corps absolu, « dharmakaya », le corps d’expérience parfaite, « sambogakaya » et le corps d’émanation, « nirmanakaya ».

Ces trois corps, ces trois qualités essentielles de l’esprit ne sont aucunement quelque chose qu’il faille produire, induire. Elles sont l’esprit dans son mode essentiel. L’esprit est essentiellement, naturellement ouvert et dégagé : il est à jamais dharmakaya. Il est spontanément lumineux et lucide : pour toujours sambogakaya. Ayant indéfiniment cette intelligence, cette expérience illimitée, sans entraves, il est perpétuellement nirmanakaya. Il a à jamais et depuis l’origine la nature des trois corps. Il s’agit de reconnaître, de vivre cette présence.

La reconnaissance des trois corps en l’esprit est la forme ultime de vipasyana ; et la forme ultime de samatha est de rester de façon stable et permanente dans l’expérience de cette présence ultime. Vivre cette présence, la cultiver constamment, quoi qu’on fasse, est le yoga ultime, l’ultime pratique, celle qu’ont suivie les bouddhas des trois temps.

On distingue souvent quatre principales déviations relatives à la vue :

La première est d’utiliser la vacuité comme une étiquette - « tout est vide » - et la placer partout ; c’est une très grande déviation.

La seconde est de comprendre la vacuité ou l’expérience de la nature de l’esprit comme quelque chose qui soit à connaître, un objet de connaissance que l’on puisse comprendre et s’approprier.

La troisième est d’utiliser la pratique comme un remède que l’on appliquerait pour annihiler quelque chose d’autre.

La dernière réside dans le fait de considérer et d’utiliser la pratique comme une voie pour arriver à un but.

Donc les déviations sont de considérer la pratique de la vacuité, que ce soit comme quelque chose qui est à connaître, une étiquette qu’on fixerait, un remède, ou une voie, un ailleurs, quelque chose d’autre… L’esprit, foncièrement, est naturellement vide et lumineux, mais se dire qu’il est vide et lumineux, essayer d’imposer, de plaquer sur le mode d’être naturel de l’esprit une notion de vacuité, de luminosité, de quoi que ce soit, est une forme de déviation.

Toutes les erreurs surviennent toujours par manque de préparation, de développement de bienfaits, d’intelligence immédiate. On insiste beaucoup sur les préparations assises comme moyen d’éviter toutes ces déviations. Un autre point essentiel est que notre esprit ait été mûri par l’influence spirituelle de l’initiation, de la lignée, et que la pratique puisse se développer dans la relation privilégiée avec un lama compétent. S’il y a préparation, confiance, et cette relation, à ce moment-là on peut naviguer en évitant les écueils et les différents obstacles.

source : revue Dharma, éditions Prajna : Mahamudra - Dzogchen, La simplicité naturelle

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Dernière édition par _bodhi le Jeu 6 Oct 2016 - 21:09; édité 1 fois
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MessagePosté le: Ven 12 Aoû 2016 - 20:53    Sujet du message: Publicité

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_bodhi
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MessagePosté le: Jeu 18 Aoû 2016 - 20:27    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Lama Denys a écrit:
Vue, méditation et action

Le retrait de ce que l'on superpose au fondement donne la certitude de la vue juste.
Ne pas se distraire de son expérience et la préserver est l'essentiel de la méditation.
Toujours s'exercer à en pratiquer le sens est l'action suprême;
Puissé-je acquérir la certitude de la vue, de la méditation et de l'action.

Les Souhaits de Mahamudra, Randjoung Dorjé.

D'une certaine façon, la pratique de mahamudra est quelque chose de très, très facile car tout ce dont il s'agit est la nature de notre esprit, notre nature la plus intime qui a toujours été avec nous, qui ne nous a jamais quitté, qui nous est plus intime que nous le sommes à nous-mêmes. Mais nos habitudes mentales sont fort compliquées, fort complexes et constituent tout un réseau, un enchevêtrement de fixations et de voiles.

La vue juste, la façon juste de comprendre est de se rendre compte que le cheminement consiste à retirer, à dissoudre, à purifier un certain nombre d'illusions, de projections que l'on surimpose à la réalité foncière, à l'esprit pur. Le pur esprit, luminosité-vide, claire lumière, omniprésent, immanent, est masqué, voilé par le processus de saisie dualiste dans lequel on projette... L'esprit habituel constitue son existence par le type de relation qu'il entretient avec ses projections ; la vision juste est simplement de comprendre que tout ce qu'il y a à faire est d'arrêter ce mécanisme projectif constitutif de la dualité, d'arrêter de surimposer à l'esprit.

Ce retrait par rapport aux projections dualistes est ce qui s'opère dans le repos du mental discursif qui est la pratique de mahamudra. La méditation essentielle est de ne pas être distrait de cette expérience qui est celle du retrait des projections dualistes; dit autrement : c'est rester constamment dans l'expérience d'immédiateté qui est l'absence de fonctionnement projectif dualiste.

Toujours s'exercer dans cette méditation, cette disposition essentielle est de toutes les formes d'activités la plus importante.

source : revue Dharma, éditions Prajna : Mahamudra - Dzogchen, La simplicité naturelle

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MessagePosté le: Mar 23 Aoû 2016 - 15:55    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Lama Denys a écrit:
La saveur de l’immédiat

Comment approcher, vivre l’absence de concept, la non-conception ou le non-né ? Sa saveur est évoquée ici non pas comme une expérience « spirituelle » d’abstraction, mais comme une présence totale, une expérience directe des sens.

L’expérience primordiale est celle de la réalisation de la nature de l’esprit. Elle est dite primordiale car elle se vit dans l’avant des conceptions du mental habituel. C’est l’instant premier de l’expérience avant la naissance de la conception, avant que naissent le connaisseur, le connu et sa connaissance, c’est-à-dire la conscience dualiste, avec ses illusions et les aliénations qui en procèdent. Cet instant primordial est celui du présent d’instantanéité, de l’état de Présence qui est l’expérience au cœur de la tradition de mahamudra et de Dzogchèn et aussi de toute spiritualité authentique depuis le fond des âges.

La pratique de mahamudra s’appuie sur la méditation, la découverte de la réalité telle quelle, faire l’expérience de notre nature véritable. Cette expérience est fondée sur l’instant présent, plus exactement sur l’instantanéité présente ou immédiateté. Elle ne regarde ni vers le passé ni vers l’avenir ni même le présent. L’expérience de l’immédiat est la libération de toutes références relatives à chacun des trois temps. C’est une expérience très simple, extrêmement simple, qui se situe avant les notions et les concepts qui sont le mode de fonctionnement de notre mental habituel.

Mahamudra est l’expérience de cette simplicité fondamentale. C’est l’esprit « ordinaire », l’état d’immédiateté, d’expérience du présent instantané.

Cette expérience primordiale est l’expérience des sens. C’est l’expérience des sens sans le mental conceptuel, l’expérience aconceptuelle des sens, des cinq sens habituels et du sens interne.

Cette expérience directe et immédiate est une expérience de présence, de présence totale, de présence absolue : la présence dans les sens, « sans autre », sans même un observateur, un expérimentateur, sans le « speaker-rapporteur » du mental discursif. C’est l’expérience de participation ou de communication pleine et totale avec les sens.

Mahamudra et Dzogchèn sont un état – l’état de bouddha, l’expérience primordiale – et sont aussi l’enseignement qui permet la réalisation de cet état. La pratique de mahamudra-dzogchèn est ainsi une pratique d’incorporation des sens. Il ne s’agit pas de s’abstraire, mais d’incorporer les sens. Cette incorporation se vit dans la non-fixation, l’absence de saisie, d’appropriation, et aussi, somme toute, l’absence de conception.

Le moi a un caractère composite et interdépendant : il n’a de réalité seulement que comme impression, comme réalité d’apparence, mais il constitue une impression qui sépare et coupe des autres et du monde. Le non-moi, non-soi ou non-ego, est absence de séparation, l’expérience non-duelle qui est aussi participation directe et immédiate, « primordiale ».

L’important pour notre pratique est de découvrir que cette expérience sans conception ne demande pas d’arrêter les conceptions mais de se laisser aller, de s’abandonner, de se laisser partir dans les sens ; « gaté gaté paragaté parasamgaté bodhi svaha ».

Une expérience d’amour, d’ouverture sans blocage, l’union d’amour de Samantabhadra [Le Bouddha primordial dans les enseignements Dzogchèn] et de Samantabhadri [sa parèdre], de Vajradhara [Le Bouddha primordial tel qu’il est représenté dans les enseignements tantriques, particulièrement au sein de la lignée Kagyu] et de Dhatusvara [sa parèdre ; ensemble ils représentent l’intelligence première et son domaine] : l’union des sens et de leurs domaines d’expérience. La saveur de l’état de Mahamudra-Dzogchèn.

source : revue Dharma, éditions Prajna : Mahamudra - Dzogchen, La simplicité naturelle

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MessagePosté le: Ven 26 Aoû 2016 - 17:18    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Puisse ce merveilleux poème vous inspirer comme il m'inspire moi-même...

Milarépa a écrit:
Quand je médite sur le grand Mahamudra,
Je suis sans effort, dans la nature ultime.
Je suis détendu, dans l'espace non troublé,
Et baigné de clarté, dans l'espace vacuité.
Je suis pure conscience, espace-félicité,
Et demeure serein, sans aucune pensée,
Je vois l'égalité, dans l'espace varié.
Et dans ce moment-là, cette nature même
A l'infini déploie de maintes certitudes,
Réfléchit sa clarté, et son activité
S'accomplit d'elle-même, de façon spontanée.
Je n'attends rien du tout, et j'en suis bien heureux !
N'espère plus, ne crains plus, suis heureux sans ces deux !
Ma confusion est devenue grande sagesse,
Mon esprit est joyeux, et mon coeur est heureux !

Chant de Mahamudra, traduction Claudine Mona

source : revue Dharma, éditions Prajna : Mahamudra - Dzogchen, La simplicité naturelle

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MessagePosté le: Jeu 1 Sep 2016 - 17:52    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Khenpo Tsultrim Gyamtso Rinpoché a écrit:

En termes de méditation, on parle d'abord de l'objet de la méditation, lequel est le dharmadhatu*, l'espace de la réalité absolue. Mais, quand vous méditez, vous ne pouvez pas dire que celui-ci existe ou qu'il n'existe pas. Par conséquent, lorsque vous méditez, votre esprit n'est ni en train de concevoir l'existence, ni en train de concevoir l'inexistence. Donc, de même que l'objet sur lequel vous méditez est au-delà de l'élaboration conceptuelle, votre esprit se trouve également au-delà de toute fabrication mentale et les deux sont inséparables. Telle est la méditation [sur la nature de l'esprit selon l'école Shentong**].
source : Les deux réalités, 2009 édition Kunchab+

*base primordiale dans le Dzogchen
https://fr.wikipedia.org/wiki/Dharmadhatu
**[...]certains virent en la pensée shentong une préfiguration des doctriniques tantriques et de celles du mahamudra et au dzogchen. Ce fut le cas surtout de penseurs kagyupa comme les IIIe (Rangjung Dorje, 1284-1339) et VIIIe (Mikyö Dorje, 1507_1554) karmapa. Ceci explique que la pensée shentong va jouer un rôle important dans l'école kagyupa.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Shentong
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MessagePosté le: Dim 11 Sep 2016 - 16:59    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Kalou Rimpoché a écrit:
Il suffit simplement de laisser son esprit en son état naturel, tel qu'il est, comme il vient, sans artifice ; c'est extrêmement simple. Dans la tradition du "Mahâmudrâ reliquaire", il est dit que mahâmudrâ est : trop proche pour être reconnu ; trop profond pour être saisi ; trop simple pour être cru ; trop merveilleux pour être saisi par l'intelligence. Tels sont les quatre obstacles qui empêchent de reconnaître mahâmudrâ.

Façon de pratiquer mahâmudrâ : Gampopa dit : "l'eau sans agitation est limpide, l'esprit sans contrainte est heureux". Comme l'exprime cette citation, laissons l'esprit sans contrainte, détendu, sans le forcer aucunement, complètement relâché, et il viendra alors naturellement en un état de bien-être. En effet, si l'esprit n'est pas contraint, il est naturellement paisible et limpide... Dans cet état, l'esprit ne se pose pas sur quelque point de repère extérieur ou intérieur, il reste dégagé de toute fixation, sans être contrôlé. Il n'y a pas non plus d'évaluation de l'esprit comme étant vide, lucide ou de quelque manière que ce soit : ni même d'observation, car regarder l'esprit, fut-ce sa vacuité, sa lucidité ou quelque notion que ce soit, serait encore une vision dualiste qui prendrait l'esprit, la vacuité ou la lucidité (autoconnaissance) pour références. Mais il ne s'agit pas non plus de ne pas voir, car il ne faut pas que s'interrompe le cours de l'attention vigilante, de la lucidité. Il est donc nécessaire de garder une vision claire. C'est comme un endroit où la lumière est allumée : voir clairement n'exige aucun effort spécial : la clarté est naturellement présente. L'esprit reste ainsi sans s'engourdir ni sombrer en une sorte d'opacité obscure. L'esprit reste translucide, en un état de transparence lucide et dégagé. Le ciel est naturellement clair et ouvert : de même l'esprit, pour autant qu'il soit laissé "tel quel" en son état naturel... Laissant ainsi l'esprit dans un état de présence totale : sans l'orienter vers le passé ou le futur, sans ressasser le passer, ni aller au-devant de l'"à-venir" ; sans penser "j'ai fait ceci ou cela, je ferai ceci ou cela" ; laissant l'esprit juste vigilant, "tout simplement", sans le contraindre, sans rien y changer, en l'"instanéité présente" encore nommée "présence d'instantanéité" - "datar gui chépa" -, nous méditons. Si l'esprit reste vraiment ainsi, "tel qu'il vient de lui-même, tel qu'il est en lui-même" c'est ce qu'on appelle "rangbap" - c'est ainsi qu'on nomme "l'esprit ordinaire" - ou encore l'esprit d'immédiateté - "datar gui chépa". Réalisé, c'est l'esprit de mahâmudrâ".

Bouddhisme profond : Tradition tibétaine, Broché, 1993.

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MessagePosté le: Lun 12 Sep 2016 - 18:27    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Citation:
Réaliser la nature de l'esprit,
Essence de toute chose,
C'est atteindre l'état de Bouddha.


Instructions orales de Manjusri


Citation:
Motivé par le précieux esprit [d'Eveil],
On médite sur la nature de l'esprit et on devient un Bouddha.
L'émergence de cette sainte vérité est l' Eveil.


Dôme adamentin


Citation:
Dans aucun monde de l'univers,
On ne trouvera d'autre bouddha :
L'esprit est la parfaite bouddhéité.
On ne peut en montrer aucune autre.


Tantra de Hevajra


source : Rayons de lune - Les étapes de la méditation du Mahāmudrā
Dakpo Tashi Namgyal, éditions Tsadra 2010, page 230

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MessagePosté le: Mar 4 Oct 2016 - 22:00    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Quand une chose est seulement imaginée par l'esprit, cette chose n'est ni existante, ni non existante. Elle n'est ni existante parce qu'elle est seulement imaginée par l'esprit. Elle n'est ni non existante parce qu'elle est imaginée par l'esprit.

Quand une chose est seulement conçue par l'esprit, cette chose n'est ni existante, ni non existante.

Quand une chose apparaît seulement à l'esprit, cette chose n'est ni existante, ni non existante.

Bien que seulement imaginée, conçue, apparaissante à l'esprit, cette chose est efficiente à l'esprit.
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MessagePosté le: Jeu 6 Oct 2016 - 20:40    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Dakpo Tashi Namgyal a écrit:
Les pensées et les apparences, expressions dynamiques de la nature de l'esprit

Toutes les apparences sont des créations mentales

Pour ceux qui n'ont pas encore perçu la nature vide de l'esprit, toutes les pensées, qui en sont l'expression dynamique, et tout ce qu'ils perçoivent - formes, sons, etc., - semblent exister réellement et indépendamment de leur esprit en proie à la confusion. Or, en réalité, ce ne sont là que des manifestations de l'esprit.

Selon le Sutra de l'Entrée à Lanka :

Citation:
A cause du lien entre les pensées discursives
et les propensions karmiques,
Les êtres perçoivent les multiples manifestations de l'esprit
Comme des réalités extérieures,
Alors qu'elles ne sont qu'esprit.
Toutes les apparences étant des productions mentales,
Elles n'ont aucune réalité extérieure.


Selon le Dôme adamantin :

Citation:
Formes, sons, odeurs, saveurs et objets tactiles,
Apparaissent de la conjonction des causes et des conditions
Produites par le joyau de l'esprit.
Les perceptions sensorielles se résorbent
dans la suprême dimension absolue.
Formes, sensations, perceptions, formations et consciences
Sont en fait des manifestations de l'esprit :
Le sage n'a pas enseigné qu'il en était autrement.


Rayons de lune, Les étapes de la méditation du Mahamudra, éditions Tsadra 2010

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MessagePosté le: Mar 11 Oct 2016 - 19:55    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Serge Z. a écrit:
[...]le chant six (et les suivants à découvrir) du Vol du Garouda de Lama Shabkar (*) ...

Chant Six
Initiation à Notre Véritable Condition Existentielle

EHMAHO ! Écoutez encore, enfants bien-aimés de mon cœur ! L’esprit, ce concept universel, ce mot des plus significatifs, n'étant pas une entité unique, se manifeste en tant que gamme des plaisirs et des peines dans le samsara et le nirvana. Il existe autant de croyances à son égard qu'il existe d'approches de la bouddhéité. Il possède d'innombrables synonymes.

Dans la langue vernaculaire il est « Je », certains hindous l'appelle « Soi », les disciples śrāvaka disent « individu sans soi », les pratiquants de l’Esprit-seulement l'appelle simplement « esprit », certains l'appellent « parfaite pensée intuitive profonde », certains l'appellent « nature de bouddha », certains l’appellent « magnifique attitude », certains l'appellent « Voie du Milieu », certains l’appellent « Graine Cosmique », certains l’appellent « continuum de réalité », certains l’appellent « base universelle », certains l’appellent « conscience ordinaire ». Puisque les synonymes de l’esprit, les étiquettes que nous lui appliquons, sont innombrables, connaissez-le pour ce qu'il est vraiment. Connaissez-le de manière expérimentale comme l’« ici et maintenant ». Reposez-vous dans l'état naturel de la nature de votre esprit.

Quand il est calmé, l'esprit est la perception ordinaire, nue et sans artifice, lorsque vous le regardez directement il n'y a rien d'autre à voir que la lumière. En tant que présence totale c'est la brillance et la vigilance détendue de l'état éveillé, en tant que rien de spécifique c'est une plénitude secrète, c'est le summum du rayonnement et de la vacuité non-duels.

Il n'est pas éternel car rien de ce qui le concerne n’a pu prouver son existence. Il n'est pas vacuité, parce qu'il est éclat et éveil. Il n'est pas unité, parce que dans la perception la multiplicité est par elle-même évidente. Il n'est pas multiplicité parce que nous connaissons la saveur unique de l'unité. Il n'est pas une fonction externe parce que le savoir est intrinsèque à la réalité immédiate.

Dans l'ici et maintenant immédiat nous voyons le visage du Seigneur Originel résidant dans le centre du cœur. Identifiez-vous à lui, mes fils spirituels. Quiconque le nie, désirant plus venant d’ailleurs, est comme l'homme qui a retrouvé son éléphant mais continue à suivre ses traces. Il peut prospecter les trois dimensions des systèmes du monde microcosmique pendant une éternité, il ne trouvera même pas le nom de Bouddha autre part que dans son cœur.

Telle est mon introduction initiant la reconnaissance de notre véritable condition existentielle, la principale réalisation de Trancher la Rigidité de la Grande Perfection.


(*) extrait du Vol du Garouda, traduit en Anglais par Keith Dowman (et par mes soins en français) aux éditions Almora

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MessagePosté le: Ven 14 Oct 2016 - 20:33    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Citation:

«La seule réalisation du sens de l’esprit
Englobe toutes compréhensions ;
Alors que tout connaître
Sans réaliser le sens de l’esprit
serait la pire (ignorance).»

Jamgön Kongtrül Lodrö Tayé, Le Résumé des points essentiels.


Citation:
«Sa nature non réalisée, l’océan cyclique tourne,
Celle-ci étant réalisée, il n’est d’autre bouddha.
Etant omniprésente il n’est rien qui puisse lui être autre.
Puisse la réalité, fond universel, se comprendre.»

Karmapa III, Les Souhaits du Mahâmudrâ.


Citation:
«Toutes les réalités sont des projections de l’esprit
Quant à l’esprit : il n’est pas d’esprit, il est vide d’essence.
Etant vide il est sans obstruction : tout peut y apparaître,
Par un parfait examen, que la conviction s’établisse.»

Karmapa III, Les Souhaits du Mahâmudrâ.


Citation:
«Non reconnu l’apparent en soi s’illusionne en objets ;
Par nescience*, l’intelligence en soi se prend pour sujet ;
La saisie duelle est l’errance en la sphère du devenir ;
Puissent les illusions de l’ignorance être éradiquées.»

*État de celui qui ne sait pas, qui n’a pas de savoir

Karmapa III, Les Souhaits du Mahâmudrâ.

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MessagePosté le: Mar 1 Nov 2016 - 17:11    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Citation:
2.1.3 La nature de l'esprit

«Toutes les réalités sont des projections de l’esprit
Quant à l’esprit : il n’est pas d’esprit, il est vide d’essence.
Etant vide il est sans obstruction : tout peut y apparaître,
Par un parfait examen, que la conviction s’établisse.»
Karmapa III, Les Souhaits du Mahâmudrâ.

L’expérience de la nature essentielle de l’esprit se situe au-delà des mots. Vouloir la décrire est se trouver dans la situation d’un muet qui essaierait d’exprimer la saveur du bonbon qu’il a dans la bouche : il lui manque les moyens d’expression adéquats. Néanmoins, je vais vous livrer quelques conclusions qui suggèrent un aperçu de cette expérience.
La nature de l’esprit peut être envisagée suivant trois pers­pectives essentielles, complémentaires et simultanées : la vacuité-ouverture, la clarté-luminosité-lucidité et les capacités sans limite.


La vacuité-ouverture

L’esprit est ce qui pense : « Je suis, je veux, je ne veux pas » ; c’est le penseur, l’observateur, le sujet de toutes les expériences. Je suis l’esprit. D’un certain point de vue, cet esprit existe, puisque je suis et que j’ai une capacité d’action. Si je veux voir, je peux regarder ; si je veux entendre, je peux écouter ; si je décide de faire quelque chose avec les mains, je peux le commander à mon corps, et ainsi de suite. En ce sens, l’esprit, avec ces pouvoirs et ces facultés, semble exister.
Mais si nous le cherchons, nous ne pouvons le trouver nulle part en nous : ni dans notre tête ni dans notre corps ni où que ce soit ou comme quoi que ce soit. De cet autre point de vue, il semblerait qu’il n’existe pas. Ainsi, d’un côté l’esprit semble exister mais, d’un autre, il n’est pas quelque chose qui existe vraiment.
Aussi longues et poussées que soient nos investigations, nous ne pourrons jamais lui trouver de caractéristiques formelles : il n’a ni dimension ni couleur ni forme ni quoi que ce soit de tangible. C’est en ce sens qu’il est dit « vide », parce qu’il est essentiellement indéterminable, inqualifiable, au-delà des concepts du mental, et en cela comparable à l’espace tout ouvert, sans centre ni périphérie.
Cette nature indéfinissable est « vacuité-ouverture », c’est la première qualité essentielle de l’esprit. Elle est l’au-delà de la connaissance illusoire qui, elle, nous fait expérimenter l’esprit comme un moi pourvu des caractéristiques que nous nous attribuons habituellement.
Mais il faut être vigilant ! Car dire que l’esprit est vacuité-ouverture n’est pas le réduire à quelque chose d’inexistant, au sens d’inopérant.
Comme l’ouverture de l’espace, l’esprit pur n’est pas localisable, il est omniprésent et omnipénétrant : il embrasse et pénètre toute chose. De plus, il est au-delà du changement et sa nature vide est indestructible, intemporelle.


La clarté, luminosité-lucidité

Si l’esprit est bien essentiellement vide, dans le sens que nous venons d’exprimer, il n’est pas seulement vide car s’il l’était, il serait inerte et n’expérimenterait ni ne connaîtrait rien : ni sensation, ni joie, ni souffrance. L’esprit n’est pas seulement vide, il possède une deuxième qualité essentielle qui est sa faculté ou capacité d’expérience, de cognition. Cette qualité s’appelle « clarté », ou « luminosité-lucidité ». Elle est à la fois la lucidité de son intelligence et la luminosité de ses expériences.
Si nous prenions un exemple, une analogie, pour essayer de mieux faire comprendre ce dont il s’agit, nous pourrions comparer l’ouverture-vacuité de l’esprit à l’espace de la pièce dans laquelle nous nous trouvons : cet espace, ouvert, sans forme permet l’expérience, il la contient en totalité, il en est le lieu. La clarté serait alors la luminosité-lucidité en laquelle toutes les expériences sont connues. S’il y avait uniquement un espace, une ouverture inerte, il n’y aurait pas de possibilité d’expérience, de connaissance. Ce n’est là qu’un exemple, car cette clarté de l’esprit n’est pas une lumière ordinaire comme celle du soleil, de la lune ou de l’électricité. Il s’agit de la clarté spirituelle qui rend possible toutes les expériences et intelligences.
Cette nature vide et claire de l’esprit est ce que l’on nomme la « claire lumière », c’est une clarté-vide qui, au niveau de l’esprit pur, se connaît en elle-même ; aussi la nomme-t-on « luminosité autoconnaissante ».
Il n’y a pas d’exemple vraiment adéquat pour illustrer cette clarté au niveau pur ; mais à un niveau ordinaire qui nous est ­proche, en comprenant une de ses manifestations, la situation de l’état de rêve, nous pourrions entrevoir certains de ses aspects. Supposons qu’il fasse nuit noire et que dans cette obscurité totale nous soyons en train de rêver, expérimentant un monde onirique. L’espace mental qui en est le lieu – indépendamment du volume de l’endroit où nous sommes – peut être comparé à la vacuité-ouverture de l’esprit, et son aptitude à y connaître des expé­riences – indépendamment de l’obscurité extérieure – correspond à sa clarté. Cette clarté englobe toute connaissance de l’esprit : aussi bien la lucidité de ce ou de celui qui fait l’expérience que la luminosité inhérente à ses expériences ; connaisseur et connu, lucidité et luminosité, sont deux facettes d’une seule et même qualité de clarté. Comme intelligence qui connaît l’expérience onirique elle est lucidité et comme objet d’expérience onirique, elle est luminosité ; mais au niveau non dualiste de l’esprit pur, il s’agit d’une seule et même qualité de clarté nommée « selwa » en tibétain. Cet exemple peut aider à comprendre mais, attention, il ne s’agit que d’une illustration montrant à un niveau habituel une manifestation particulière de la clarté, lucidité-luminosité. Dans l’exemple, il y a en effet une différence entre la lucidité du connaisseur et la luminosité de ses expériences ; cette différence provient de ce que le rêve est une expérience dualiste, faite en termes de sujet et d’objet, dans laquelle la clarté se manifeste à la fois dans la connaissance ou lucidité du sujet et dans la luminosité de ses objets. L’exemple est imparfait, car fondamentalement, en l’esprit pur, la séparation n’existe pas ; il s’agit de la même qualité de clarté qui est essentiellement non dualiste.


La "capacité sans limite"

Le troisième aspect, qui, ajouté aux deux premiers, décrit complètement ce qu’est l’esprit pur, la nature de l’esprit, est l’« expérience illimitée », « sans obstacle ni blocage ». La clarté de l’esprit décrite précédemment est sa capacité à connaître, à expérimenter ; en celle-ci tout peut apparaître, ses possibilités de connaissance, d’expérience, d’intelligence sont illimitées. Le terme tibétain qui désigne cette qualité signifie littéralement « sans limite », « sans entrave », « sans obstacle » ou « sans blocage ». C’est la liberté qu’a l’esprit de connaître et d’expérimenter sans limite et sans fin, la qualité de sensibilité libre de cette expérience. Ces connaissances-expériences sont, au niveau pur, celles des qualités et des domaines éveillés et, au niveau habituel, celles que l’esprit a de chaque chose comme étant ceci ou cela, c’est-à-dire la faculté cognitive qu’a la conscience d’expérimenter toute chose, de distinguer, de percevoir et de concevoir tout phénomène.
Reprenons l’analogie de l’esprit qui rêve : nous avons déjà vu ce à quoi correspondent les deux premières qualités, l’ouverture et la clarté. Simultanément à celles-ci, la troisième qualité, la « capacité sans limite », serait l’aptitude de l’esprit onirique à expérimenter la multiplicité des aspects du rêve : les perceptions du sujet onirique et les expériences de son monde rêvé. La clarté est ainsi ce qui permet l’expérience, alors que la capacité sans limite est la multiplicité illimitée de tous ses aspects.
Cette expérience illimitée, sans obstacle, correspond, au niveau habituel, à tous les types de pensées et d’émotions que nous pouvons avoir. Au niveau pur de l’esprit d’un bouddha, elle correspond à toutes les sagesses ou qualités éveillées mises en œuvre pour aider les vivants.




Aussi l’esprit pur peut-il être envisagé comme étant :
– par essence, vacuité-ouverture,
– par nature, clarté,
– et par ses aspects, une capacité illimitée d’expériences et de qua­lités non dualistes.
Ces trois facettes – ouverture, clarté et capacité d’expérience sans limite – ne sont pas séparées mais concomitantes. Elles sont les qualités simultanées et complémentaires de l’esprit éveillé.
La nature de l’esprit avec ses trois dimensions éveillées est l’état de bouddha ; tandis qu’au niveau impur, ignorant et illusionné, l’esprit avec ses trois dimensions duelles – sujet, objet, relations – constitue tous les états de conscience conditionnée, toutes les expériences du samsâra.
Cependant, que l’esprit soit éveillé ou illusionné, il n’est rien qui soit en dehors de lui et il est essentiellement le même chez tous les vivants, humains ou non humains. La nature de bouddha, avec tous ses pouvoirs et ses qualités éveillés, est présente chez tous les vivants. Les qualités d’un bouddha sont toutes en notre esprit, mais voilées, masquées, comme peut l’être une vitre naturellement transparente et translucide, opacifiée par un épais voile de saleté.
La purification, le dévoilement de ces impuretés permettent que se révèlent toutes les qualités éveillées présentes en l’esprit. Actuellement, notre esprit a peu de libertés et de qualités, car il est conditionné par notre karma, c’est-à-dire par nos habitudes et empreintes antérieures. Mais, petit à petit, la pratique du dharma et de la méditation le libère et l’éveille à toutes les qualités de l’état de bouddha inhérentes à sa nature.


Les trois dimensions de la nature de l’esprit


La voie du Bouddha, Kalou Rinpoché par Denys Rinpoché
http://www.buddhawiki.fr/bwiki/bin/view/VoieDuBouddha/23

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MessagePosté le: Mar 1 Nov 2016 - 20:26    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Très beau texte de Rangjung Dorjé, texte majeur de l'école kagyü ...
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La nature de la variété des phénomènes est non-duelle
Et pourtant chaque phénomène excède les limites de la pensée.
La condition authentique "telle quelle" ne devient pas un concept
Et pourtant elle se manifeste totalement par la forme, toujours bonne.
Puisque tout est déjà parfait, guéris de la maladie de l'effort
Et demeure naturellement dans l'autoperfection : c'est cela la contemplation.

- Les six vers de vajra -
_bodhi
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MessagePosté le: Mer 2 Nov 2016 - 21:33    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Qu’est-ce que l’esprit ?
Nous parlons de l’esprit sans savoir vraiment de quoi nous parlons. Nous parlons de l’esprit pour désigner notre faculté à appréhender, penser et à ressentir des émotions. C’est un fait, nous appréhendons, pensons et ressentons des émotions. Cependant nous n’avons jamais vu l’esprit en lui-même ; l’esprit est une déduction plutôt qu’une vision. Il n’a jamais été montré ou mesuré. Mais, puisque nous appréhendons, pensons et ressentons des émotions, c’est bien qu’il doit exister une origine à tout cela, une source. Mais est-ce un esprit en lui-même ? Nous pouvons nous déplacer à bord d’un véhicule sans pour autant qu’un véhicule existe véritablement. La fonction du véhicule est bien là, c’est-à-dire qu’une existence relative nous permettant "de nous déplacer est réelle"*, mais un véhicule lui-même ne s’y trouve pas. C’est identique pour l’esprit. Sa fonction est bien là, mais son existence par lui-même ne s’y trouve pas. L’esprit nous apparaît de par ses membres constituants, tout comme une équipe nous apparaît en appréhendant les différents membres de l’équipe. Mais, il faut bien le reconnaître, il n’existe aucune équipe sortie des membres qui la constituent, si bien que ce sont ses membres qui font l’équipe et non l’inverse. C’est la vacuité de l’équipe, et c’est la vacuité de l’esprit.


Citation:

« Quant à l’esprit : il n’est pas d’esprit, il est vide d’essence. »

Karmapa III, Les Souhaits du Mahâmudrâ.


* l'expérience même de nous déplacer est fictive. Nous pensons nous déplacer, mais en fait il s'agit plutôt d'un changement que d'un déplacement. Si nous nous déplacions véritablement, il faudrait que nous-mêmes, l'endroit d'où nous venons et l'endroit où nous allons ne changent pas durant ledit déplacement. Nous savons qu' "ils" changent. Ici nous pouvons reprendre l'exemple du rêve pour mieux le comprendre. Dans le rêve nous pouvons nous déplacer, mais réveillés nous prenons conscience que ce déplacement était simplement rêvé.

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_bodhi
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MessagePosté le: Mar 15 Nov 2016 - 22:01    Sujet du message: du Mahamudra Répondre en citant

Citation:
«Toutes les réalités sont des projections de l’esprit
[...]


Si toutes les réalités sont des projections de l'esprit, de quoi l'esprit pourrait-il être la projection ?

Citation:
[...]
Quant à l’esprit : il n’est pas d’esprit, il est vide d’essence.
[...]
Karmapa III, Les Souhaits du Mahâmudrâ.

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MessagePosté le: Aujourd’hui à 11:39    Sujet du message: du Mahamudra

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